Parot, Jean-François, Le Crime de l’hôtel Saint-Florentin, Paris, J.C. Lattès, 2004.

M. Parot poursuit ce que l’ on peut nommer sa fresque sur le royaume de France sous Louis XV et Louis XVI, fresque qui  s’appuie sur le prétexte des aventures et des enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire aux enquêtes extraordinaires sous la direction du lieutenant général de police, M. de Sartine, remplacé par M. Le Noir. Nicolas Le Floch démêle superbement les écheveaux complexes des crimes qui souvent mettent en cause la survie du royaume, qui mènent droit aux intrigues de la cour et du parlement, et qui deviennent autant d’occasions de pénétrer la psychologie des personnes, de décrire divers aspects de la vie quotidienne, de sonder la sagesse et les appuis des uns et des autres, de suivre les difficultés et les obstacles nombreux pendant une enquête, de décrire des lieux, des personnages, les diverses strates sociales et politiques, des intrigues, des thérapies, des recettes, et même des activités littéraires ou artistiques, bref d’ obtenir une meilleure connaissance de la France et spécialement du Paris du temps .

Nous sommes en 1774, une année qui fut “ terrible et douloureuse”(p. 393): “ Le temps glissait comme le sable dans une main toujours ouverte; il façonnait l’âme en force.” ( ibid.) Il est question de cuisine, d’opéra, de théâtre, de lectures, certes. Tant d’apartés qui scandent le récit, comme ces moments passés à la cour ou à la chasse ( par exemple, p.26ss, 40, 105-106, 174, et tous les exergues au début de chaque chapitre). Nicolas observe les faits, les dires, les attitudes, les regards et les moeurs. Peut-on ici généraliser: “s’aimer sans plaisir, se livrer sans combat, se quitter sans regret, traiter le devoir de faiblesse, l’honneur de préjugé, la délicatesse de fadeur: telles étaient les moeurs que Nicolas, attentif observait: la séduction avait son code et l’immoralité ses principes.”(p. 192-193) Nous sommes devant la cour! Que dire encore, ceux et celles de la cour étaient en quelque sorte en observation, Nicolas Le Floch “ opposait la fermeté d’une indifférence polie et d’une expérience renforcée” (p. 198) à ce “taillis de chausse-trappes dans lequel pâturaient tant de mérites usurpés”. Comme si ne comptait que la raison de celui qui observe et défriche. Cependant, Nicolas médite et laisse son “coeur” s’exprimer, car de là vient tant de possibilités qui nourrissent l’imaginaire et qui peuvent voyager pendant les nuits par les rêves, pendant ces moments de tendresse et d’amour, pendant ses périodes d’absences méditatives alors que son regard intérieur revisite tous les indices accumulés ou ces temps du passé où se forgeaient  son âme et sa personnalité.

L’auteur tisse avec soin et avec art les faits et les vies. Ainsi, au-delà des enquêtes et des aventures apparaît un état du royaume, de son Roi et de sa cour, un état de Paris avec tous ceux et celles qui y vivent, une exploration des personnages et à travers eux un aperçu de la fin de ce XVIIIe siècle avant la Révolution. Les aventures de Nicolas Le Floch deviennent un instrument pour explorer les méandres de l’âme humaine.

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Parot, Jean-François, L’affaire Nicolas Le Floch, Paris, JC Lattès, ( coll. 10/18), 2002.

Après l’ Énigme des Blancs-Manteaux, L’ Homme au ventre de plomb, Le Fantôme de la rue Royale, voici L’ Affaire Nicolas Le Floch, ce roman où Nicolas doit se confronter à lui-même comme s’il était au sein d’ une toile, immense, tissée par d’autres, qui au service de la police, qui de son passé, qui de la cour, qui du Roi et de ceux et celles qui l’ entoure, qui des agents secrets, et même lui-même. Des amitiés fermes et solides le protègent et l’empêchent de sombrer dans quelques délires que parfois il entretient malgré lui. Je ne raconterai pas l’ histoire, car je crois qu’elle est un prétexte ou que l’ on peut lire ce récit autrement, c’est-à-dire comme une quête de la raison. Elle fouille les indices, elle sonde les personnes, elle scrute les événements, elle interroge les choix, les motivations, le passé et même les rêves. Paris fourmille de monde, Paris est en voie de se modifier, Paris est sous surveillance, Paris gronde, Paris est le coeur d’un État où le Roi cherche quelques clartés, quelques lumières pour assurer la sûreté d’un royaume où les comploteurs , factions de rivaux, nombreux, s’agitent, mais, mais, le roi se meurt.

La règle est la règle. “Pour maintenir l’ordre et servir le roi, nous usons de moyens que la morale réprouve, mais que la fin justifie.” ( p. 100) Le prix peut être “ quelques fois “ une vie humaine. Voilà, un des éléments d’une mise en scène complexe : l’ amour, le meurtre, l’espionnage, le libelle, le vol, les complots, les missions, à l’étranger et à l’ intérieur du royaume, s’entremêlent avec art dans un récit que l’ on peut décrire comme enlevant. Chaque chapitre est précédé d’ une citation: Voltaire, Livre du Graal, Dicton breton, Abbé Prévost, Psaume, Fougeret de Montbron, LaFontaine, Euripide, Crébillon, Anonyme, Saint Bernard, Chamfort, Shakespeare ( Oh! César, ces choses dépassent l’ordinaire // Et vraiment elles me font peur.), puis un Épilogue et une citation de Racine. Chaque chapitre comporte des notes explicatives, courtes, présentées à la fin du volume, question d’ éclairer un mot du 18e ou un nom, ou un usage.

Voici quelques expressions : croquignole (demi-vérité –« Gazez le tout par quelques croquignoles à la vérité »; « demain matin une demi-fortune ( voiture à un cheval) viendra vous prendre à neuf heures. » chamaillis de véhicules; l`ambassadeur est en délicatesse avec Sa Majesté pour sa maladresse; ce godelureau; sa large face camuse; foutinnabuler ( s’ amuser à des riens).

On y trouve aussi des références et des recettes; par exemple: et de dire, voici le menu de la soirée : une galantine d`oseille de haricots à la bretonne … des oreilles de porc à la barbe Robert, que suivront des boudins de foie gras et de chapon….pour la bonne bouche, un grand poulpeton (petite marmite en terre ou en cuivre dans pied) de poissons préparé par … un entremets de choux-fleurs au parmesan, un gâteau à la Bavière et une brioche fourrée à la gelée de gratte-cul. …Et quels nectars arroseront tout cela? ..Vin clairet de Bordeaux … sortit une bouteille allongée d`un rafraîchissoir …un vin de Rhin, un Eiswein, plus communément un vin de glace. Imaginez le raisin forcé à une maturation extérieure par la brume automnale, ce que l`on appelle le Traubendrücker, le presse-raisin. Une gelée subite et l`eau réduite à l`état de glace restent sur le pressoir, abandonnant à la cuve un extrait d`huiles sucrées et parfumées.( source : L`affaire Nicolas Le Floch par Jean-François Parot – cela se passe vers les 1774 dans la France de Louis XV)

Paris se révèle ainsi que le royaume. Un des sens de ce roman : comment la raison se faufille parmi milles raisons pour déceler ce qui est juste compte tenu de tous les aléas de la vie.

“ Le modèle du détective en Occident est double, à la fois grec et biblique. C’est dans l’Oedipe-Roi de Sophocle qu’apparaît le premier de ces enquêteurs. C’est Oedipe, qu’un comportement héroïque a conduit sur le trône, et dont la principale tâche sera de trouver le meurtrier qui ne sera autre que lui-même.” L’éditeur, J.-C. Laclès, postface à L’énigme des Blancs-Manteaux de J-F. Parot, éditions  Pocket  Jeunesse, 2000. Il s’ agit d’une enigme à percer :  le roman policier serait-il une métaphore de la quête de la raison?
Un lien à faire avec les ouvrages de Parot : voir Un policier des Lumières : de V. Milliot, Seyssel, Champ Vallon, 2011, 1200 p. : http://www.fabula.org/actualites/v-milliot-un-policier-des-lumieres_45792.php »\hich\af31506\dbch\af31505\loch\f31506

 

 

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Penny, Louise, How the Light Gets In, New York, Minotaur Books, 2013.

 

Inutile de présenter l’auteure ou de gloser sur son style. D’ autres plus compétents l’ont déjà fait. Inutile aussi de résumer le récit qui, cette fois, est plus complexe, car plusieurs trames s’y dessinent. Ce roman qui met en scène l’inspecteur Gamache de la sureté du Québec présente un visage trouble de la société et de ses institutions.  L’auteure raffine son art : elle tisse divers niveaux de la vie de telle sorte que le lecteur ou la lectrice doit plonger à l’ intérieur des personnages, des familles, des collègues de travail et des décisions de diverses autorités. Il semble même qu’ un décès et les enquêtes ne sont que des prétextes pour dévoiler ce qui se trame au sein de la sûreté et du gouvernement et explorer les souffrances de divers personnages aux prises avec leurs démons intérieurs ou leur avenir. Quels seront les choix de l’ inspecteur quand il est confronté à des défis qui proviennent d’ailleurs, de personnes dont les ressources sont balisées par la société et le gouvernement? Mettra-t-il en péril ceux et celles qu’il affectionne? L’astuce et les ruses de l’ inspecteur seront-elles suffisantes pour dénouer ce qui est coeur du crime ainsi que l’ »occulte » des pouvoirs en place.

L’ auteure réussit, il me semble, à susciter de nombreuses questions tant sociales, que politiques et personnelles. Lire devient par ce livre, une méthode d’interrogation et de remise en question. L’auteure met avec art entre nos mains un instrument du connais-toi de Socrate. Le détective, mis en scène, rejoint le philosophe.

 

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Rankin, Jan, Saints of the Shadow Bible, London, Orion Books, 2013.

On dit, Rebus est-il un saint ou un pécheur? S’agit-il vraiment de cela? L’ histoire touche à une corruption possible. Est-ce dans le passé ou dans le  présent? La vie d’ un détective n’est jamais simple. L’auteur réussit ce tour de force de pénétrer la vie de policiers qui n’avaient, semble-t-il, de souci que la justice. Mais est-ce que cette visée peut justifier des écarts vis-à-vis de la loi ou des règlements? Le département de police, l’ unité de contrôle interne, les structures de pouvoir, le rôle d’ anciens policiers qui ont pris leur retraite, ainsi que les options de vie, sont mis en scène afin de conduire le lecteur ou la lectrice à réfléchir aux pourquoi de nos actions quotidiennes. Le détective devient une métaphore des quêtes incessantes de la raison et aussi des conditions pour atteindre certains bonheurs. C’est aux lecteurs et lectrices de lire entre les lignes et de ne pas se fier aux apparences, même celles semées par un auteur astucieux.

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D’Aillon, Jean, De taille et d’estoc. La jeunesse de Guilhem d’Ussel, chevalier troubadour, Presses de la Cité, ( coll. J’ai Lu ), 2012.

C’est le 5e roman de cette collection sur les aventures de Guilhem d’Ussel. L’ auteur a débuté par Marseille, 1198, puis a poursuivi avec Paris,1199, Londres, 1200, Montségur, 1201.  Puis, ce sera Rome, 1202. L’auteur vise à présenter un visage de l’ histoire: à travers des personnages, inviter à sentir une époque ainsi que des lieux. Tous ses romans comportent une bibliographie et un chapitre, ou un épilogue, qui situent “le vrai, le faux et la fin de l’ histoire”. Se plonger dans la vie quotidienne du douzième siècle — quant aux autres romans, il s’agit du début du treizième. Tous les romans foisonnent de faits, de vocabulaire, d’imagination : des personnages nombreux, des détails historiques sur les moeurs, les techniques, les lieux, les villes, les ambitions, les guerres, bref, toutes les conditions du vécu. Ici, nous sommes en 1187. Toute la présentation d’ Antoine tient à quelque 50 pages quand Antoine doit révéler son nom à ses ravisseurs et il dit se nommer Guilhem ( p. 48). Dorénavant, il sera Guilhem. C’ est, à mesure d’ astuces et de finasseries, à Arles qu’ il entonne son premier chant, un Salve Regina. L’ initiation de celui qui deviendra un troubadour commence. “Pourquoi ne pas devenir troubadour, ou jongleur?” (p. 72) Contextes religieux, politiques et économiques sont décrits afin de mieux comprendre ce que devient Guilhem. Par exemple, ce roman offre des notes sur la situation des monastères de Cluny et de Clairvaux ( l’ ordre de Cîteaux régénéré par Bernard de Clairvaux), sur la situation politique et les nombreuses guerres de territoire, sur le brigandage, sur les alliances et les mésalliances, bref, le mélange des intérêts politiques tant de l’ Église que des “ maîtres” des territoires. Il est question d’amour entre religieux, d’une relique dite précieuse,  de fuite et de “ diabolique relation charnelle”. (p.113). Selon!

Guilhem s’ associe à un rémouleur et apprend le maniement des armes, les armes des chevaliers et des écuyers, ainsi que le maniement des couteaux, et les voies de la survie. Le savoir que Guilhem acquiert le fait grandir de plus en plus; “ il apprit à battre le fer et à utiliser les filières, ces grosses plaques métalliques percées de trois ou quatre trous, au travers desquels étaient tirés les fils de fer pour faire des mailles.” ( p. 131) “ Curieux de tout”, il ne cessait de s’éduquer; le troubadour, ancien tanneur, éduqué par les moines, allait allier l’art, l’astuce, la technique, la politique et la chevalerie au service d’une justice en invention dans le monde médiéval. Épées, couteaux, faux, faucilles, et toutes sortes de pièces pour les cuirasses et les hauberts; comment fixer “les mailles sur les pièces de haubergerie, sur les plates et sur les lames de brigandines”; “ce qui le passionna, ce fut le martelage des lames.” Enseignements par le forgeron : “ d’ autres préfèrent férir d’estoc”; lame plus fine, plus longue, et surtout plus pointue; d’ autres, se servent d’ une épée comme d’une masse: “ils frappent de taille”… ( 138-140); qualité de l’acier, qualité de la lame et de son traitement, de la poignée,  de la garde et du pommeau. Tout pivote lorsque Guilhem perd son père adoptif, le rémouleur Simon l’Adroit. Il est deux fois fugitif, de Marseille, puis du royaume du comte de Rodez. “Il avait le métier d’ armes dans le sang.” ( 151 ) Et Guilhem grandit; le reste devient une histoire autour d’ une relique. Le Moyen-Âge y passe;  à “Paris, il trouverait certainement un engagement auprès du roi de France.” (p. 504) Fin de l’ histoire. Habile conteur, ayant le souci de l’ exactitude, l’auteur, avec art, initie ainsi dans son oeuvre à diverses époques historiques et surtout aux conditions de vie au quotidien. ( voir ses autres volumes. )

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D`Aillon, Jean, Le secret de l`enclos du temple.

Jean D’Aillon, Le secret de l’enclos du temple , Flammarion, 2011, 565 p. ( coll. J’ai Lu , Janvier 2012 ).

Ce volume est fondé sur les Mémoires de Bussy-Rabutin et celles du cardinal de Retz, les récits de Gatien de Courtilz de Sandraz ( Mémoires de Monsieur D’Artagnan, 1700 ) et GédéonTallemant des Réaux ( voir Historiettes, http://abu.cnam.fr/BIB/auteurs/tallemantg.html ; http://www.gutenberg.org/ebooks/39314 ou http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre4381.html ) ainsi que sur les Lettres de Guy Patin ( 1907) qui raconte un des assassinats mentionnés dans l’ ouvrage. L’auteur fournit une bibliographie sur cette période, le milieu du 17e siècle, de l’ histoire de France. Il a puisé aussi dans les textes de ceux et celles qui racontent les événements de la Fronde parlementaire.

Nous sommes, selon la description de Georges Duby, dans la  » France baroque » ( 1589-1661) et plus précisément au temps de la reine Anne d’Autriche, fille de Philippe III d’Espagne, femme de Louis XIII (1615), mère de Louis XIV (1638) et du duc d’ Orléans (1640), celle qui a été aimée et détestée, qui a mené deux carrières politiques, l’une du complot, l’autre, guidé par Mazarin, l’un des plus brillants hommes d’État du XVIIe s., alors qu’elle veut léguer à son fils, le futur Louis XIV, un  » royaume intact ».
Le roman décrit comment Louis de Fronsac, notaire de formation, et Gaston de Tilly, enquêteur spécial, ont résolu plusieurs mystères dans les années 1647-1649. La Fronde se déroule de 1648 à 1652. Le trésor du Temple, qui serait celui des Templiers, devient un prétexte pour raconter une période trouble de l’histoire de France. C’est un portrait des innombrables luttes entre des pouvoirs, nombreux, face au pouvoir royal animé par Anne d’Autriche, mère du « petit roi », face aux intrigues de Mazarin et de sa coterie. Tout pour sauver le pouvoir absolu de la royauté, pouvoir qui vient de Dieu, qui doit s’exercer à la manière d’ un juge « et arbitre suprême et d’un père de famille. Mais il y a le Parlement qui doit enregistrer les édits royaux, et une ou des administrations (justice et finances) animés par des officiers jaloux de leurs responsabilités ainsi que les régions. Les parlements et les cours souveraines « étaient en conflit avec le Premier ministre et le Conseil du roi. Enfin, la France étant alors une société d’ ordres, la noblesse, depuis les princes du sang et la haute aristocratie jusqu’à leurs nombreuses ramifications de clientèle en province sentait ses privilèges et son influence menacés par cette administration de commis. » (Victor-Lucien Tapié, Fronde, Universalis, 2011 )

Louis Fronsac, marquis de Vivonne, possède cet esprit de géométrie qui lui permet de naviguer avec diplomatie entre les diverses factions et de résoudre certaines énigmes quitte à mettre sa vie en jeu. Jean D’Aillon nous invite par ses romans à plonger dans le quotidien des nombreux personnages, à mieux connaître les institutions, les classes, les établissements ainsi que les méandres des intrigues autour du pouvoir royal. Ici, c’est dans la ville de Paris principalement que se déroule l’action. Elle est presque un personnage. Nous sommes au temps de la Fronde, temps de troubles généralisés et anarchiques. La France a été marquée de 1624 à 1648 par des agitations, dont plusieurs de sédition, partout, dans les provinces, les campagnes, les villes. Le peuple vit dans la misère et se révolte, et les privilégiés, aristocrates locaux, autorités locales, échevins, bourgeois, conseillers des parlements, s’associent souvent aux troubles tout en se disant favorables au roi. Le pays est aussi en guerre face à l’Espagne, aux Pays-Bas, et devant l’ Empereur. Il y a crise financière grave: système fiscal dépassé, disettes nombreuses, manufactures de textiles en difficultés, exploitations éhontées. Le Parlement veut une réforme; elle se fait, mais réprimée. La reine et Mazarin font un mauvais calcul. Les rivalités éclatent, pas de vision commune à l’horizon. Effets? En politique, nuls. Santé? Famine et pestes. Démographie? Pertes immenses. Relations extérieures, commerce, marine, ruinés.

« Plusieurs nuits de suite, des coups de mousquet ont retenti en ville. Il y a même eu des accrochages entre la garde bourgeoise et les gardes-françaises. M. Le Féron a prévenu le Palais-Royal que tout Paris était sur le point de prendre les armes.  » ( p.201)  » Gaston ( de Tilly) se rendit à cheval chez la soeur de Madeleine Dufresne. Veuve, elle vivait dans une pièce glaciale au deuxième étage d’une maison en encorbellement à demi affaissée de la rue du Pont-aux-Biches, un cul-de-sac infâme situé entre les Madelonnettes et les talus de l’enceinte bastionnée.  » ( p.215) Gaston laissera sa monture dans une écurie et fera le reste du chemin à pied. Deux soeurs et une petite fille sont au logis, toutes assises sur la paillasse de l’unique lit de planches sous une lumière parcimonieuse. Ici, tout un contexte pour mettre en évidence un moment de l’enquête. Il en est ainsi tout au long du roman.
L’ ensemble des descriptions des milieux de vie, des intrigues, des luttes, des démarches, des personnages sert à mieux faire connaître l’ histoire de cette période.

Ceux ou celles qui aiment le roman historique seront comblés.

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Lenormand, Frédéric, La Baronne meurt à cinq heures, Paris, JCLattès, 2011, 332 p.

C’est Voltaire qui mène l’ enquête avec l’aide de Madame Émilie, marquise du Châtelet ( 26 ans). Le lieutenant général de police, M. Hérault, a besoin d’ un enquêteur pour mener une enquête discrète. “Il avait besoin d’un homme neuf, de quelqu’un de particulier, dont la façon de penser sorte des sentiers battus, de quelqu’un qui ne raisonnerait pas en policier; de quelqu’un sur qui [il][...]” avait prise. L’auteur se sert de ce prétexte pour présenter le Voltaire des années 1730. Des repères biographiques ainsi que des citations de mémorialistes du temps, dont  Voltaire par ses Lettres, servent à indiquer que le roman s’ insère dans l’ histoire. C’est cependant un polar, mais un polar historique. L’ auteur sait capter l’air du temps: tout est occasion de présenter le Paris de la période, la France aristocratique, les percées de Voltaire, les moeurs, et quoi encore! “ Voltaire éblouit son auditoire et assombrit l’humeur des  policiers” ( chapitre 17e).

En exergue: “On cache, on étouffe tous les délits scandaleux, tous les meurtres qui peuvent porter l’effroi et attester l’invigilance des préposés à la sécurité de la capitale. Et l’on fait sagement: si l`on en publiait la liste, elle serait effrayante.” ( Tableau de Paris, Louis-Sébastien Mercier ) ( Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis-S%C3%A9bastien_Mercier) ( disponible dans la nouvelle édition, corrigée et augmentée en 12 volumes, à partir de 1782- Google books  )  Mercier veut présenter surtout les moeurs d’un Paris qu’il voit : “ Je parlerai encore de sa grandeur illimitée, de son luxe scandaleux. Il pompe, il aspire l’argent & les hommes; il absorbe & dévore les autres villes, querens quem devoret.” ( Préface du Tableau de Paris. p. vij) Or, cela fournit le ton au roman.

Les personnages sont hauts en couleur; voir,” Mlle de Grandchamp avait pris de l’avance sur les bienfaits que la vie offre à une femme mariée. La naïveté du gros abbé était déconcertante. L’écrivain se chargea de lui ouvrir les yeux. [...] Mme d’Estaing était un thaumaturge qui visitait les hôpitaux pour y porter la bonne parole auprès des fous …Victorine Grandchamp était une sainte nitouche … Mme de Clèves nourrissait une inquiétante passion pour les confitures et les substances néfastes… Linant ( l’abbé) était atterré. Il allait devoir s’habituer à vivre dans un monde où les demoiselles engageaient dans des tripots des héritages qu’elles n’avaient pas encore touchés, où les filles de bonne famille étudiaient les poisons, où les philosophes jouaient aux enquêteurs pour le compte de la police, où les marquises aimaient mieux courir Paris sur la piste des criminels que de préparer la layette de leur bébé.” ( p. 169-171) Voilà, le roman en quelque sorte.

Voltaire, sous la plume de Lenormand, fonce, se livre, décortique, se vante, et se déploie devant Paris par le succès de son “Zaïre”, entre autres. Il aime aussi son “Ériphyle” ( p. 174-175).  Voltaire? Au salon du duc de Richelieu, il présente ses “ Lettres philosophiques”: “ La lecture faite, on se dit qu’il avait raison de la diffuser avant que les censeurs ne se prononcent. La puissance de son raisonnement et la finesse de son observation étaient devenues des lames dont il lardait l’absolutisme royal, le système féodal, les préjugés et l’omnipotence de l’ Église catholique.” ( p. 175)

Émilie, après les succès des  enquêtes, veut avoir “ accès à Voltaire”, veut qu’ il soit son “vieux grimoire”, car, dit-elle, “ les femmes n’ont pas accès au savoir”. Elle, cependant, s’adonne aux mathématiques, à l’astronomie, et encore, à la philosophie, curieuse, inquisitrice, chercheuse, ouverte aux lettres et aux arts. En un sens , ce roman est un tourbillon: on navigue parmi les classes, les humeurs, les drames, les orgueils, les moeurs, les manigances, bref, les codes de la vie. “ Et vous  ( Émilie) avez fait ça dans la journée? s’étonna Voltaire. Vous avez cassé un code fait pour résister aux esprits les plus fins?” — Aux plus fins esprits masculins, peut-être, mais non à celui d’une femme, dirons-nous, conclut-elle avec ce qui pouvait passer pour de la modestie. Le regard que Voltaire posait sur elle commença à changer.” ( p. 140) Et ainsi de suite! Un roman où l’auteur sait rendre son érudition avec une enveloppe de charme, un style alerte, des rebondissements, de l’ humour, des reparties et un Voltaire vif, alerte, aux aguets et, qui aime la présence de Voltaire! ( “ Son sujet favori: la vie et l’oeuvre de Voltaire.” p. 175)

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Parot, Jean-François, L’énigme des blancs-manteaux.

Jean-François Parot, L’énigme des blancs-manteaux, Paris, édition Jean-Claude Lattès (2000), Pocket, 2003, 377 p.

Nous sommes en 1761. Nicolas Le Floch est arrivé à Paris en 1759 pendant la guerre de Sept Ans qui met aux prises la France et l’Autriche contre la Prusse. La France est sous Louis XV, le « bien-aimé » . M. De Sartine dirige le service de police. Nicolas Le Floch, d’origine obscure, dont le nom breton signifie l’écuyer, a été marqué par des représentants des trois ordres de la société de l’Ancien Régime : le clergé, le Chanoine François Le Floch qui lui sert de tuteur, la noblesse par son parrain aristocrate, le Marquis de Ranreuil et le tiers état, M. De Noblecourt, juge, ancien procureur du roi, chez qui il habitera et qui parachèvera sa formation. Plus encore, il devient l’incarnation de ces trois ordres, — que G. Dumézil a identifiés dans le corpus indo-européen –, car il a été en quelque sorte reconnu comme le fils d’ un Marquis et associé par sa formation à l’étude du droit, c’est la classe royale, il représente la classe des “guerriers” ( chevalier au Moyen-âge) en devenant enquêteur extraordinaire, et il sait communiqué avec les membres “producteurs”, les artisans, les fermiers, le peuple, quoi, puisqu’il en est, c’ est la troisième classe. M. De Sartine sera son protecteur et l’inspecteur Bourdeau son compagnon dévoué.

Les influences de sa jeunesse ont forgé son caractère. Cependant, il sera mis à rude épreuve dès sa première enquête policière : son tuteur, puis son père meurent. Celui-ci reconnaît sa paternité par une lettre au roi, communiquée après sa mort et ainsi fait entrer Nicolas dans l’aristocratie. Mais Nicolas refuse et conserve le patronyme de son tuteur ( l’explication sera donnée dans le volume Le fantôme de la rue royale ).

Jean-François Parot, l’auteur, est diplomate. Il connaît le Paris du XVIIIe siècle comme un historien et un anthropologue. Ce premier volume d’une série présente un jeune, Nicolas Le Floch, qui sera nommé commissaire au Châtelet, au service du roi, sous la direction de M. De Sartine. Tout semble se dérouler très vite (p.18). « Clerc de notaire à Rennes, après avoir fait ses humanités chez les jésuites de Vannes, il avait été rappelé brutalement à Guérande par son tuteur, le chanoine Le Floch. [...] Il avait pris congé de son parrain, le marquis de Ranreuil, qui lui avait remis une lettre de recommandation pour M. De Sartine, un de ses amis, magistrat à Paris. Le marquis était apparu à Nicolas à la fois ému et gêné, et le jeune homme n’avait pu saluer la fille de son parrain, Isabelle, son amie d’ enfance, qui venait de partir pour Nantes chez sa tante de Guénouel. » (p. 19) Nicolas devra faire face au lieutenant général de police, le chef absolu des administrations, responsable de la sécurité publique et de l’ordre  » dans la rue … Et dans la vie de chacun » des sujets du roi. M. De Sartine n’a que trente ans! L’art de l’auteur, c’est de dessiner le Paris du temps, de suivre les méandres d’indices laissés par tant de personnages bien campés et bien cernés, ce qui nous introduit à la complexité de la vie sociale. Mais l’auteur dévoile aussi la vie intérieure et sociale des principaux acteurs.  » Une fois de plus, le dévergondage de sa pensée conduisait Nicolas à des remises en cause incessantes, incapable qu’il était d’attendre sans imaginer et d’espérer sans craindre. Nicolas comprit qu’il avait beaucoup à apprendre, mais il se promit de devenir loup parmi les loups, avec ses propres armes. » (p. 99)

Quand il se rend chez M. De Noblecourt, chez qui il sera reçu avec admiration et générosité, il apporte dans ses bagages  » une minuscule gravure naïve, représentant sainte Anne, ses livres de droit avec les quatre volumes du Grand Dictionnaire de police de Delamare, un vieil exemplaire des Curiosités de Paris par Saugrain l’aîné dans une édition de 1716, une coutume de Paris, un vieux missel ayant appartenu au chanoine Le Floch, l’Almanach royal de 1760, deux volumes des pensées de Bourdaloue, de la Compagnie de Jésus, sur divers sujets de religion et de morale, Le Diable boiteux de son compatriote Lesage, né à Sarzeau, lu et relu, comme le Don Quichotte, tout au long de son enfance, un éventuel cassé offert par Isabelle, et enfin, une dague de chasse donnée par le marquis, son parrain, le jour où il avait servi sa première bête noire ( achevé le sanglier). » (p. 200)

Justement, M. de Noblecourt l’accueille; et on cite du Tacite: “Opum contemptor, recti pertinax, constans adverus metus”, ce qui se traduit “Il méprisait la richesse, était entêté dans le bien et inaccessible à l’intimidation.” ( Histoires, Livre IV,5) Nicolas se doit de quitter la mansarde de la rue des Blancs-Manteaux. M. de Noblecourt lui communique les règles de la maison et annonce qu’il recevra le dimanche qui vient, ce qui permettra des rencontres plaisantes et pleines de ravissement. Nicolas découvre un lieu où “les livres paraissaient toujours monter une garde silencieuse autour de lui.” D’ailleurs, c’est depuis sa jeunesse à Guérande et à Ranreuil qu’il est entouré de livres. “ Rien ne pouvait advenir de mauvais, lorsqu’on était protégé par des alignements de reliures fraternelles. Il suffisait d’ouvrir un volume pour que s’élève une petite musique toujours émouvante et jamais semblable.” (213)

L’auteur qui est historien ne néglige nullement la cuisine. Par Noblecourt et la Borde, il communique la passion de l’art de cuisiner. On retrouve ainsi cité, “ Les dons de Camus ou l’art de la cuisine, réduit en pratique (nouvelle édition, revue, corrigée & augmentée par l’auteur, trois tomes, A Paris, Chez Pissot, 1758, accessible en PDF) — Noblecourt cite l’ édition de 1739 –; sa bible cependant c’est Lettre d’un pâtissier anglais au nouveau cuisiner français par Dessalleurs, Paris, 1740 ( ou 1739) tandis que La Borde, le compagnon d’enquête de Nicolas, songe à un petit volume, Le Cuisinier gascon (1747)(disponible sur Gallica dans l’édition de 1864 ). Et, il y a Le Cuisinier, de Pierre de Lune (p. 329) . Au gré des soupers, on échange en évoquant Voltaire, Shakespeare, Corneille, les anciens, ou en écoutant les uns et les autres se remémorer des souvenirs qui deviennent autant de prétextes pour mieux connaître Paris, la France, l’Europe, ou les moeurs, les idées, les enquêtes, les administrations, et les manies de l’aristocratie. ( voir http://www.nicolaslefloch.fr/Vie-Paris/la-nourriture-au-18e-siecle.html )

Le Paris du crime est une occasion de mieux connaître le Paris du milieu du XVIIIe . “ Tout à Paris, dans le monde du crime, tournait autour du jeu, de la débauche et du vol. Ces trois mondes communiquaient entre eux par d’ innombrables canaux.” (42) Et voilà que le jeune Nicolas est sur la piste de la disparition du commissaire Lardin, celui-là même qui l’ hébergeait et qui devenait, sous la houlette de Sartine, son supérieur immédiat. L’enquête suppose la fidélité, puisque c’ est la survie de la nation qui est en jeu. C’est tout l’ appareil royal qui est mis en cause, donc aussi le système policier. Les duplicités, les mensonges, les à-peu-près, les fausses pistes permettent de sonder les psychologies. Nicolas se doit de mieux connaître les esprits — les âmes — afin de mieux déchiffrer les indices. Sonder les coeurs renvoie sans cesse à un examen de soi. Et cette phrase peut être une métaphore de tout le roman: “ Le rideau d’ombres percé d’éclairs cédait, à chaque instant, la place à son contraire: la clarté vacillait alors, dévorée d’obscurs incendies.” ( 78)

Nicolas se révèle graduellement à lui-même au gré des difficultés, des obstacles, des contretemps, des menaces, des attentats à sa vie : ce qui aiguise finalement son instinct de limier. M. de Sartine, après tant de louvoiements et d’esquives, devra reconnaître : “Vous m’avez donné le grand privilège, par ce temps de misère et de guerre, d’être le messager d’une bonne nouvelle.Le roi ne l’oubliera pas.” (362) Et Nicolas de dire, plus loin, “le succès de notre enquête — il est avec Bourdeau — nous rend à notre insignifiance. Le roi est sauvé. Vive nous!” (idem) Comme à chaque chapitre, il y a un exergue, celui de l’ Épilogue se lit comme suit: « Je vous rends votre paquet de noblesse; mon honneur n’est pas fait pour être noble; il est trop raisonnable pour cela.” ( Marivaux) C’est tout l’épilogue résumé. Sartine après la rencontre avec le roi annonce les temps qui viennent: “ Et si nous croyons nos amis les philosophes …” (376). Un beau livre qui nourrit, qui renseigne, qui enseigne et initie aux complexités de la vie humaine!

Pour connaître les lieux de l’ Énigme des Blancs-Manteaux :

http://www.nicolaslefloch.fr/Trajets/TrajetsEBM/lieux-emblematiques-de-l-enigme-des-blancs-manteaux.htm

Le site pour connaître le monde de Nicolas Le Floch : l’ histoire, les lieux, la vie au XVIIIe; et un coin des lecteurs. Site superbe! http://www.nicolaslefloch.fr/index.html
Vient de paraître: L’ année du volcan, Paris, JCLattès. 2013, 475 p. ( recension à suivre )

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Mankell, Le Chinois

Mankell, Henning, Le Chinois, traduit du suédois par Rémi Cassaigne, Paris, Seuil (coll. Points), 2011 (2008), 567 p.
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Un des grands maîtres du polar! “ Pour quel motif tuer dix-neuf personnes dans un petit village du nord de la Suède?” Voilà que des policiers découvrent l’horreur et la peur. Une juge, B. Roslin, qui travaille trop, qui doit veiller à sa santé, se retrouve préoccupée par ce village. Elle découvre en effet qu’une des familles assassinées est parente puisque sa propre mère avait été adoptée par une des familles victimes.

De ce savoir découle une quête personnelle. L’auteur explore la vie intime de cette femme juge qui cherche la vérité : quel est le mobile de ce crime? Elle affronte ses propres démons: confrontation à sa vie familiale, aux exigences du travail, à l’amitié et à ce que portent la vie, les idéaux, les désirs, les ambiguïtés.

Tant de doutes et de remises en question! Le drame de la Chine contemporaine? L’auteur le présente à travers un personnage qui, lui, retient en lui les valeurs de la Chine qui sont cependant transmises dans un contexte historique, celui d’il y a un siècle quand des Chinois et des “blancs” organisaient un trafic d’esclaves pour les besoins, entre autres, des E.U. en pleine croissance où des “ profiteurs” scellaient le destin des autochtones, des noirs et des Chinois ainsi que de tant d’aventuriers sous le prétexte de la mise sur pied ,“from coast to coast”, du chemin de fer.

Voilà que le personnage en question joue sur les paliers économiques pour se situer politiquement; il établit les règles de l’assouvissement d’une vengeance de sa famille justement contre les descendants d’un des contremaîtres, si cruels envers les Chinois et spécifiquement ses ancêtres. Ce personnage est un prisme et une métaphore: un prisme des méandres de l’esprit — quelle est l’emprise réelle de la vengeance; la métaphore d’une certaine Chine ( voir la page 536).

Cependant, sa soeur offre un autre visage: “ la société chinoise est fondée sur une exigence de probité intellectuelle.” ( p. 418) Ce livre ne se lit pas comme un simple récit policier. L’ histoire récente de la Chine constitue un arrière-fond qui émerge ici et là au gré de la vie de quelques personnages qui devient tant de facettes de la personne. L’ auteur possède l’art de conjoindre et l’ histoire, et le dramatique, et la vie psychologique. L’architecture du livre est plus que propice pour satisfaire des lecteurs ou lectrices qui désirent pénétrer les arcanes de la fiction. En ce sens, il importe de bien lire l’exergue de la première partie, au début et à la fin de la lecture; ainsi, au seuil des autres sections ( voir les pages 132, 243, 391).

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Le Marquis des Éperviers

Le marquis des Éperviers, par J.-P. Desprat : Une aventure de Victor de la Gironde, Paris, Seuil, Points, 2012, 545 p.
Expressions: Répandre des pétales sous les mules du pape. Le feu est au saucisson ( évoque un danger éminent). Trublions; brodequin; un chausse-pied ( moyen de réussir); lacis de; contrescarpe; bicoque; ébouriffés; charmilles; éborgné; face cornée; hâve; galèje, et tant et tant au gré de descriptions fouillées des lieux, des personnages, des états d’ âmes, de l’ action et des situations. On est ainsi introduit dans un univers trouble, la politique des intérêts fait bon ménage avec les exploitations diverses. L’aristocratie est au crible et les religions ne sont pas ménagées; on sonde aussi “les passions des mortels” (p.544), car “ le sort est en effet bien cruel”. Il y a tant de fourberies et de souffrances. Et Madame dira à la fin que mademoiselle Kolb ( son ancienne institutrice) “ avait bien raison de dire qu’il ne se passe nulle part des choses plus étonnantes que dans le monde.” ( p. 545 )

Nous sommes en 1702. La France demeure tiraillée par les conflits religieux. Et plus encore. L’ aristocratie est déchirée par la corruption et les prétentions qui la soutiennent. Victor, fils de comte, mais venant de la Province et d’ une famille où la vérité côtoie l’ honneur, fera face aux déchirements du coeur, de l’ amitié, de la fidélité dans un contexte sociopolitique où tout semble n’être que leurre et artifice. Pour explorer les méandres de la vie, cela vaut de consulter, en plongeant en son intérieur, un roman, disons historique, écrit par un historien ayant une grande érudition qui nourrit bien d’ ailleurs son imaginaire. Ce qui permet au lecteur ou à la lectrice de plonger au coeur d’une époque, et surtout au coeur des complexités de la vie humaine, car explorer un temps, un lieu et, la vie qui grouille de tant de personnages, c’ est aussi apprendre à mieux se connaître. Dire aussi qu’ une certaine somptuosité de la langue avive le désir de mieux connaître les états de la langue française. Il n’y a qu’ à savourer ce livre.

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